Je me réveille avec cette musique en tête, encore. Je ne l’avais pas écouté depuis une bonne vingtaine d’années, sans exagérer et depuis, elle me trotte dans la tête. Ça en devient presque obsessionnel, d’autant que si je dois la laisser aller, non, j’ai besoin de comprendre pourquoi elle est là, pourquoi elle reste. Comme si je n’avais que ça à penser, je creuse encore et encore, l’hiver s’en va doucement, et les notes de musique qui résonnent, gardent les fenêtres fermées. Le soleil s’infiltre parmi les objets de mon quotidien, sur mon bureau je profite pleinement de sa lumière et ressens toujours, comme un soulagement lorsqu’il est temps que l’ambiance s’adoucisse.
J’entre alors dans un autre univers, un autre éclat, celui de mon intérieur. Je redécouvre à chaque fois son intensité, je deviens l’ombre, je déterre ce que j’ai trouvé. Cartes sur table, les mots sont là, je suis toujours au milieu de nul part, je dois encore lutter. Mes vieux démons je les traîne et je pourrais, là, les entendre rire à gorge déployée.
Quitte à se délester d’un passé, il en demeure toujours des traces, on ne peut que balayer celles de ceux qui sont passés, ceux qui ont tenté d’ouvrir la porte. J’aurais dû me méfier de ce souffle glacial, mais aujourd’hui je ne rêve plus comme avant, j’ai fermé ma porte à clé.
À double tour, ma vie a une toute autre saveur, je panse mes plaies et me confronte à cette solitude qui m’a trop longtemps effrayée et participée à mon instabilité. Je souffre de m’être perdue et m’impose ce naufrage pour me réparer.
Alfred de MUSSET (1810 – 1857) à écrit (en 1834?)
A George Sand (IV)
Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre cœur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,
La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.
Et pourtant, ô mon coeur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.
Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.