Je ne vais pas dire que je fus réveillée dans la joie, quoique… entendre l’orage, les chats qui râlent et rentrent en trombe dans la maison parce qu’il s’est mis à pleuvoir, ça avait le goût d’un matin poétique. Il était cinq heures du matin, j’ai tiqué sur le manque de luminosité, je suis allée me servir un café et j’ai pris mon journal. C’est déjà mieux qu’avoir le réflexe d’attraper le téléphone, et scroller. J’entretiens merveilleusement bien ma surcharge sensorielle, et ce, dès le matin. J’ai tellement appris à compenser que les pensées qui partent dans tous les sens, ça ne me fait plus rien.
Néanmoins, j’ai pris soin de ma santé mentale cet été. J’ai coupé les ponts avec le monde et j’ai réduit à un minimum mes interactions sociales. Je ne sais pas faire autrement et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, je n’ai pas eu l’impression de perdre mon temps. J’ai avancé sur mon projet d’écriture, au point de garder les yeux écarquillés devant ce manuscrit terminé, qui aurait besoin désormais de relecture par d’autres personnes. Je m’engage dans cette tâche, faisant des recherches approfondies, car, pour assurer une relecture de qualité de mon manuscrit, il est essentiel de confier cette tâche à un bêta-lecteurice. C’est le moment : je me plonge trop profondément dans cette affaire, j’écoute des podcasts sans m’arrêter, je relis une phrase, une émotion, la typologie… Arrêtez-moi !
À défaut de garder mes plantes en vie (on ne remerciera pas la canicule!), je cultive mon intensité, par d’autres moyens, mon manuscrit est devenu un ami. Je ne voudrais pas qu’il devienne mon ennemi !
Mon intensité, je ne l’offre plus au premier venu. Je l’entretiens par mes fantômes et par l’écriture. Il y a un mois, j’ai lancé l’application qui détecte les sons, et la première phrase qu’elle m’a dite était “Amandine”. Plus tard, dans mes moments de flânerie sur Instagram, j’ai vu une publicité pour des biscuits “Amandine”. Bon, écoute… mes yeux se posent sur le roman de Gabriel García Márquez quand je passe devant ma bibliothèque. Forcément. Le soir même, je regarde un peu ce que je pourrais mettre comme série, je tombe sur “Cien años de soledad”, je lance et je ne peux plus m’arrêter. Ma sœur est en Colombie pour ses vacances, et le pays subit un tremblement de terre (elle et sa famille n’ont rien eu).
J’ai ressorti mes aiguilles, et j’ai tricoté deux grands carrés supplémentaires pour ma couverture spéciale “restes de laine”. Dans un élan d’ironie, je pense qu’on pourra m’enterrer avec cette couverture, vu la vitesse à laquelle je la tricote ! Elle me servira d’abri pour me protéger du soleil d’abord et de linceul ensuite. Dans cet état apocalyptique que nous a laissé l’été, j’ai au moins soigné mon imagination et trouvé des idées pour de futurs projets d’écriture.
Ma rentrée sera palpitante, ou pas. Je ne sais pas à quelle sauce je vais être mangée par la société, je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi. J’ai toutefois quelques idées, quelques envies, quelques pensées qui se dessinent bien plus clairement dans ma tête. C’est peut-être l’âge, ou bien la sagesse (je peux le prouver, j’ai déjà pas mal de cheveux blancs !).
Je passe mon temps à entretenir mes angoisses, mais je me porte bien, sinon.